Vue de la fouille du site sous-marin de la Baumette (photo : Anne Joncheray).

INTERVIEW DE ANNE JONCHERAY

Redécouverte d’épave(s) romaine(s) en baie de la Baumette à Saint-Raphaël

Un site archéologique sous-marin, oublié depuis trente ans, a été retrouvé à l’occasion des tempêtes de l’hiver 2010. Les travaux conduits en 2011, par Anne Joncheray, Directrice du Musée Archéologique de Saint-Raphaël, ont permis de montrer que le gisement était plus étendu que ne le laissaient supposer les observations antérieures. De ce fait, Anne Joncheray n’écarte pas la présence de deux épaves, avec ou sans coque de navire. Le sondage, réalisé en tenant compte des impératifs de préservation des mattes résiduelles de posidonies, a permis de montrer que cet ensemble date de la première moitié du premier siècle avant notre ère, comme en témoignent les amphores Dressel 1B, très fragmentées qui on pu être mis en évidence. Il s’agit donc de navires transportant du vin en provenance d’Italie. En l'état actuel de la recherche, on s'accorde à dire que le vin italien connaît une forte exportation du milieu du IIe siècle au milieu du Ier siècle avant J.-C.



RENCONTRE AVEC ANNE JONCHERAY

Amphore de type Dressel 1B
entière mise au jour sur le site
de la Fourmigue C, dans la
baie de Cannes (photo : Anne Joncheray).


Cette découverte nous donne l’occasion de poser trois questions à la responsable de cette opération d’Archéologie sous-marine, Anne Joncheray (Directrice du Musée Archéologique de Saint-Raphaël et spécialiste de l’Archéologie sous-marine) :

Anne Joncheray, pouvez-vous nous expliquer la typologie des amphores ? Par exemple, que veux dire Dressel 1B ?

A.J. : L'idée d'un récipient à deux anses, à fond résistant et de surface réduite, semble pouvoir être attribuée aux Canaanéens, prédécesseurs des phéniciens dans les régions côtières de Palestine et de Syrie. D‘origine orientale l’objet s’est développé en Grèce et surtout dans le monde romain.

On s’inspire, pour nommer une amphore, d’une typologie vieille de plus d’un siècle, établie par le latiniste allemand Heinrich Dressel, qui dessina sa « table », à l’origine, pour illustrer les supports des diverses inscriptions latines qu’il répertoria. Ce classement typologique permet de proposer des datations car les types d’amphores ont évolué avec le temps. Il permet aussi d’avoir une idée de l’origine géographique de leur production.

Pouvez-vous nous présenter le commerce du vin à cette époque ?

A.J. : Les premiers témoignages d’un trafic maritime antique sont présents, dès le IVe siècle avant J.-C., dans la région d’Antibes. Cependant, ils restent rares dans notre région qui n’est pas une zone de forte fréquentation commerciale gréco-étrusque.

De nombreux restes fragmentés d’amphores ont pu être
mis en évidence sur le site de la Baumette (photo : Anne Joncheray).

L'archéologue désensable la coque à l'aide d'un aspirateur de sédiment (photo : Ch. Chary).

À partir du second siècle avant notre ère, c’est l’abondance. On a découvert de nombreuses épaves datées de la période de la fin la République romaine, avec des bâtiments portant de 100 à 600 amphores.

Les exportations de vin italien diminuent fortement à la fin du premier siècle avant J.-C. Rome, devenue une mégapole de près d'un million d'habitants, doit nécessairement chercher à l'extérieur des sources complémentaires d'approvisionnement en vin. Au troisième siècle de notre ère, l’anarchie politique, les pressions de peuples extérieurs, fragilisent l’Empire. Les relations commerciales entre Gaule et Italie s’affaiblissent, tandis que l’Espagne, et surtout l’Afrique, en profitent pour prospérer.

Le sondage que vous avez réalisé a été conduit afin d’épargner les mattes de posidonie. Pouvez-vous nous dire un mot sur les posidonies, sont-elles en véritable recul ? Est-ce préoccupant ?

A.J. : Les posidonies sont des phanérogames vasculaires, c'est-à-dire des plantes, et non des algues. Elles s’étendent par leurs racines, et fixent les sédiments terrigènes apportés par les fleuves. L’épaisseur de leur « mattes », formées de racines mortes, peut atteindre plusieurs mètres, et cacher la plupart des gisements archéologiques. Nous n’avons pas constaté de recul de leurs colonies, et leur survie n’est pas préoccupante. À Saint-Raphaël, l’usage d’ancres à vis a réduit l’impact des mouillages des bateaux sur les « herbiers ».